Publié par : Jean | 16 octobre 2010

Compte rendu de la conférence « lira-t-on toujours sur du papier demain ? »

Catherine Morin-Desailly, présidente de l’association Culture Toute !, présente les deux invités présents, Mathieu de Montchalin et Michel Lépinay, Gilles de la Porte ayant eu un empêchement.

Elle leur demande ensuite comment leurs métiers vont évoluer dans les années qui viennent.

Michel Lépinay évoque tout d’abord le cas de l’Asahi Shimbun, le journal au plus fort tirage au monde, avec 12 millions d’exemplaires, qui a perdu 10% de ses lecteurs en trois ans; Les journaux français sont confrontés au même risque d’érosion du lectorat. On peut choisir de nier cette réalité, et penser qu’il suffit de mettre des contenus gratuits sur Internet. Par exemple, le Christian Science Monitor tirait à 200 000 exemplaires il y a dix ans, à 80 000 en 2009. On a alors décidé d’arrêter l’édition papier, remplacée par une édition hebdomadaire, et à mettre le journal sur Internet gratuitement. Cela n’a pas permis de limiter les pertes. En fait, mettre des contenus gratuits sur Internet correspond à un modèle économique aberrant : on ne peut donner d’un côté ce que l’on vend de l’autre. C’est pourquoi Paris Normandie a choisi de faire payer une partie de ses contenus sur Internet. Le nombre d’abonnés payants est de quelques centaines, alors qu’il y a 38 000 abonnés à l’édition papier.

Le risque est que Google s’empare de tous les contenus, qu’il prend dans la presse et refuse de payer, considérant qu’il n’a pas de valeur marchande.

Mathieu de Montchalin se souvient d’une réunion tenue il y a six ans au ministère de la culture sur les enjeux du numérique pour les différents médias. On pensait alors que le livre n’avait rien à craindre du numérique. Même aujourd’hui, les tablettes numériques sont plus lourdes qu’un livre, on ne les emmène pas à la plage, on en voit peu dans le métro. Il faut par ailleurs faire la différence entre le livre et le journal, qui se lit plus rapidement.

Il est important que les contenus restent diversifiés et que les librairies puissent continuer à jouer un rôle dans la culture et l’aménagement du territoire : les librairies sont souvent le commerce indépendant le plus important dans les villes. En outre, le libraire ne vend pas seulement du papier, il conseille les lecteurs, il faudra qu’il puisse continuer à jouer ce rôle à l’avenir, y compris sur les nouveaux médias.

L’Ipad n’est pas encore l’outil qui peut remplacer le livre. De plus, il ne permet de télécharger que les livres du groupe Hachette, très peu de poésie ou d’ouvrages universitaires. Il importe d’autre part que le prix du livre téléchargé ne soit pas fixé par Google ou par Apple mais par les éditeurs, qui rémunérera les auteurs et les distributeurs. Aujourd’hui, Amazon aux États-Unis vend 9,99 $ des livres achetés 15 à 19 $ aux éditeurs, afin de conquérir le marché, après quoi les autres distributeurs disparaîtront et Amazon restera le seul sur le marché. Il y a un enjeu citoyen à maintenir des contenus diversifiés, qui disparaîtront s’ils ne sont pas « vendeurs ».

Michel Lépinay met en avant les avantages de l’Ipad : on peut lire 50 pages gratuitement avant d’acheter, on peut adapter la taille des caractères

Pour Mathieu de Montchalin, 650 grammes, c’est trop lourd pour le métro, mais on sortira très vite des tablettes moins lourdes et moins chères.

Michel Lépiney pense qu’il faut combiner les supports, par exemple les flashcodes dans Paris Normandie ou les compléments à aller chercher sur le site Internet du journal. D’autre part, les supports ne sont pas tous identiques, Apple est différent de Google et respecte les droits d’auteurs.

Les barrières répressives ne servent à rien, il faut voir en amont comment respecter le droit d’auteur.

Le métier de journaliste a évolué. Autrefois, le journaliste faisait un texte, aujourd’hui, il fait tout, texte, photos, vidéos, titres. Le métier s’est enrichi. D’autre part, les journalistes n’ont plus le monopole de l’information face aux blogs, aux photos mises sur Internet. Pourtant, les journalistes demeurent des référents, qui savent faire le tri des informations, ils ont une compétence professionnelle dans le traitement de l’information et savent reconnaître l’information de la propagande. Pour autant, le journal n’est pas fermé aux contributions venues des lecteurs, qui peuvent déposer des informations sur le site du journal, mais le journaliste vérifie et trie.

Mathieu de Montchalin répond à une question de la salle que les étudiants lisent de moins en moins de livres car les enseignants en prescrivent moins, et font leurs recherches sur Internet. Ils se privent ainsi du regard professionnel des éditeurs, des journalistes ; Wikipédia n’a pas d’indication de sources, l’information n’est pas toujours hiérarchisée. On ne peut pas hiérarchiser et classer sur Internet, c’est ce que le système scolaire devrait apprendre à faire. On ne peut pas faire disparaître des informations fausses sur Google, comme le raconte Nathalie Kosciusko-Morizet, il faut les noyer sous de nouvelles informations pour faire descendre les fausses dans les listes de liens de Google.

Michel Lépiney répond qu’il est trop tard pour s’opposer à Wikipedia et Google, qu’utilisent déjà tous les élèves et étudiants, il faut y aller et y rédiger des articles.

Madame le Recteur intervient pour signaler que le socle commun en place dans les collèges évalue les capacités de chaque élève à faire un usage responsable des technologies de l’information et de la communication. Les élèves sont invités à utiliser toutes les sources, papier comme numérique. Les élèves peuvent trouver sur le site académique des ressources et des cours validés par les corps d’inspection.

Elle demande aux intervenants ce qu’ils pensent des manuels scolaires à l’heure du numérique et de l’éducation aux médias.

Mathieu de Montchalin pense que le manuel numérique modifiera la perception du livre numérique. 95 % du livre scolaire appartient à deux groupes, si l’on rajoute un critère technologique, il y a des risques de manuel scolaire unique. D’autre part, la nécessité d’acheter des manuels scolaires pour les lycée permet de maintenir des librairies dans les petites villes et amène tous les lycéens à entrer dans les librairies. Il faut être prudent avant de bouleverser un équilibre fragile.

Michel Lépiney rappelle que l’éducation aux médias se fait déjà . En réponse à une autre question, il rappelle que la part du livre numérique est passée de 0 à 8% en 15 mois aux États-Unis, et essentiellement chez les 35-50 ans, déjà grands lecteurs auparavant, et très peu chez les jeunes. La tablette numérique n’a pas amené de nouveaux lecteurs. Il y a environ 300 000 Ipad en France et la meilleure vente, le livre d’Attali, a fait 430 exemplaires. De nombreux acheteurs ne l’utilisent pas vraiment.

Pour terminer, Catherine Morin-Desailly évoque la loi sur les archives, qui impose de conserver les supports papier (pourra-t-on encore lire sur les supports actuels dans dix ans alors que l’on ne peut plus lire les disquettes d’il y a 10 ans, alors qu’on lit sans problèmes les manuscrits vieux de dizaines de siècles). Elle évoque également le débat qui va commencer le 26 octobre 2010 au Sénat sur le prix du livre numérique.

La directrice du CESI, qui nous accueillait ce matin a le mot de la fin en nous assurant que ses étudiants utilisent encore la méthode hypothético-déductive, à partir de sources papier comme de sources numériques

Publicités

Responses

  1. […] compte rendu d’une conférence avec Mathieu de Montchalin sur le même théme à […]


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :