Publié par : Jean | 8 novembre 2009

La conférence de Pascal Picq

picqLa conférence commence par la présentation de Pascal Picq,  les remerciements au directeur du CHU Christian Paire, qui nous accueille dans l’amphithéâtre Lecat  et à Mme le Recteur de l’Académie de Rouen, présente dans la salle.

Catherine Morin-Desailly rappelle le contexte de sa rencontre avec Pascal Picq, au moment où la Ville de Rouen a décidé de restituer les têtes maories conservées au Museum d’Histoire Naturelle de la ville, à la Nouvelle Zélande. Le débat de l’époque était entre ceux qui pensaient que la loi sur l’inaliénabilité des collections des musées s’appliquait à ce cas, alors que pour Pierre Albertini et Catherine Morin-Desailly, il relevait de la loi sur la bioéthique. Afin de fournir un cadre règlementaire à cette restitution, le Sénat a voté à l’unanimité une proposition de loi le 29 juin 2009

http://www.senat.fr/dossierleg/ppl07-215.html

Pascal Picq commence sa conférence en rappelant que les Maoris ne sont pas des « sauvages » ou des primitifs, ils forment une nation, qui a participé à la libération du Quesnoy en 1918

http://www.nzhistory.net.nz/war/le-quesnoy/new-zealand-and-le-quesnoy

Il fustige la tendance des Occidentaux à se considérer supérieurs aux autres peuples, en particulier les peuples sans écriture. L’ethnologie oblige à regarder l’Histoire autrement.

Il évoque ensuite la vie de Charles Darwin, né dans une famille riche et libérale (Whig), qui étudie la médecine à Edinburgh, l’ « Athènes du Nord », puis s’embarque en 1831 sur le Beagle, commandé par le capitaine Fitzroy, éduqué comme lui dans la culture occidentale, mais peu sensible à l’esclavage. Darwin est au contraire abolitionniste. A son retour en Grande Bretagne, il publie ses carnets de voyage, puis en 1859, «  l’Origine des espèces ». L’anthropologie naît après Darwin. On classe alors les populations selon leur degré d’évolution technologique, en différenciant les groupes humains en fonction de leur maîtrise des techniques, en introduisant en outre une hiérarchisation entre « noirs », « jaunes » et « blancs » (évolutionnisme culturel).

Claude Lévi-Strauss appartient lui aussi à une famille cultivée, et c’est aussi un grand voyage qui aura chez lui un rôle décisif, celui qu’il fait au Brésil, d’où il ramène « Tristes tropiques ». Lévi-Strauss est fasciné par la linguistique comparée. Les peuples au cours de l’Histoire ont voyagé avec leurs gènes, leurs mythes et leurs langues. Mais la civilisation occidentale a détruit la diversité des espèces et des langues. On peut distinguer trois humanismes selon Lévi-Strauss, celui de la Renaissance, celui du XIXème siècle et celui qui, au XXème siècle, intègre les peuples sans écriture. Le quatrième, introduit par la paléoanthropologie prend en compte toute l’humanité. Il ne conçoit pas, comme les philosophes ou les théologiens, l’animal comme fondamentalement différent du genre humain : un singe souffre, lui aussi. Il refuse le relativisme, pour lui, les valeurs universelles ne sont pas négociables.

Pascal Picq termine son intervention en revenant au problème des têtes maories et de la Vénus hottentote, dont la restitution était passée par une loi, comme ce sera le cas pour les têtes maories.

Même si les raisons de s’inquiéter aujourd’hui sont grandes, en ces temps de disparition des grands singes et des peuples premiers, on peut souligner tout de même des changements des Occidentaux quant à la perception des autres cultures, lorsqu’on pense que des « zoos humains » ont existé à l’exposition coloniale de 1931 et que les droits civiques pour les Noirs aux Etats-Unis datent des années 60 et que les choses ont évolué depuis.

Les questions de la salle portent sur quatre thèmes qu’il peut être intéressant de continuer à développer à travers ce blog

–          Que penser des fouilles archéologiques sur le territoire de certains peuples (Pascal Picq évoque en réponse les fouilles dans les territoires Indiens des Etats-Unis)

–          Comment exposer les restes humains que sont les momies ? on évoque l’exemple du musée du Caire et celui d’un musée d’Europe du Nord, où l’on refuse de montrer le corps d’un personnage de l’époque des Vikings

–          Fallait-il interdire l’exposition des corps humains venus de Chine ?

–          Un intervenant reproche à Pascal Picq le ton de son exposé et la tendance à la culpabilisation permanente des Occidentaux

Advertisements

Responses

  1. L’absence à cette conférence du directeur du Museum d’Histoire Naturelle de Rouen, où est conservée une tête maorie, a suscité quelques interrogations de certains. Le bruit a couru que la Mairie de Rouen avait fait comprendre qu’elle ne souhaitait pas qu’il soit présent.
    On peut espérer qu’il s’agit d’un bruit sans fondement car s’il s’avérait que la Mairie interdise à un directeur de musée adulte et responsable d’assister à une conférence parce qu’elle est organisée par une association culturelle présidée par Catherine Morin-Desailly, ce serait un grave abus de pouvoir. Pire encore, si le directeur en question acceptait ce diktat alors qu’il ne risque rien à passer outre. Nous aurions alors un début de consentement à une mainmise étroite (et dans le cas présent, stupide et médiocre, voire ridicule) du pouvoir politique sur la vie culturelle de la ville.


Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

Catégories

%d blogueurs aiment cette page :